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Site sur la Philosophie, L'informatique et les Mathématiques À propos du livre d’Yves Jeanneret :

L'affaire Sokal ou la querelle des impostures. PUF, 1998.

Comme l’a écrit David Lodge qu'Yves Jeanneret apprécie visiblement : " Tout décodage est un nouvel encodage " (Un tout petit monde, p. 52). Et le nouvel encodage de l’affaire Sokal proposé dans son livre, beaucoup moins subtil que son décodage, m’a promu sokalien vigilant (p. 173) en oubliant que je réclame une véritable philosophie postmoderne des sciences . Il estime également que je "naturalise" l’incommunicabilité des savoirs que je crois surtout avoir déploré dans les lignes incriminées :

" [La facétie de Sokal] témoigne avant tout du clivage entre deux "continents" : la culture scientifico-technique et la culture humaniste ou littéraire. Ce débat existe depuis les années trente. On doit reconnaître, hélas, que l’incompréhension fondamentale reste actuelle, et que la mutation de certains jargons scientifiques en amphigouris pseudo-intellectuels n’est guère que l’aspect visible de ce qui ressemble trop à une véritable barrière d’espèce. " (P.P. forum de La Recherche, juin 1997; reproduit par YJ p. 234).

Ainsi que dans un texte que Jeanneret a manifestement lu mais qu’il n’a pas cru bon citer :

" Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet sur l’assentiment général qu’il existe une véritable frontière pédagogique et mentale entre "littéraires" et "scientifiques". En France, tout particulièrement, on peut même regretter une sorte de conditionnement pédagogique et culturel, tant l’école et l’environnement social vous estampillent pour la vie avec l’une ou l’autre de ces deux catégories. Si la distinction est telle que les premiers seraient dotés de la sensibilité, de l’imagination ou de l’inspiration tandis que l’exactitude serait l’apanage des seconds, alors oui, cette frontière-ci doit être transgressée. " (P.P. La revue M, Janvier-Février 1998, p. 64).

Yves Jeanneret, qui écrit apparemment plus soigneusement qu’il ne lit, trouve cette position proprement insupportable. Pour lui :

" On ne peut rien attendre de bon de telles déclarations, qui concluent la querelle sur une naturalisation violente, définitive, et sans doute largement inconsciente, de l’incommunicabilité des savoirs. Le fait que de telles énormités aient été publiées dans le forum d’une revue reconnue pour promouvoir une vulgarisation sereine pose problème. On arrive sans doute ici au point limite du tolérable en termes de légitimation d’un renoncement à se comprendre.
Une approche de la trivialité qui chercherait à en élaborer la difficulté plutôt que de la conjurer, ou de la réduire à des modèles approximatifs, devient urgente, avant que n’éclate réellement une guerre, non des sciences, mais des ignorances. On mesure à la violence de ces jugements la puissance des résistances qui s’opposent à une telle entreprise. " (Y.J. pp. 234-235).

Pour ma part, je n’ai pas renoncé à comprendre Jeanneret [car somme toute, un auteur qui compare le modeste contributeur que je fus à Saint-Simon (p. 121) et l'accable en compagnie de Philip Kitcher (p. 234) ne peut pas être totalement mauvais].
Je remercie enfin La Recherche et La revue M de ne pas avoir institué la police intellectuelle qu’il semble inconsciemment souhaiter pour tordre le cou à mes intolérables énormités.

Patrick Peccatte , septembre 1998

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